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Presse
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TENDANCES Pygmalion à l'ère de la virtualité Une équipe de chercheurs du département Arts et Technologie de l'Image de l'université Paris-8 s'est attelée à la réalisation d'un opéra interactif. Interférence d'images, de sons et de mouvements où public, chanteurs et êtres virtuels interagissent, le résultat est résolument novateur. Mis à jour le lundi 11 mars 2002 Sur les écrans d'ordinateurs, des visages en images de synthèse se déplacent et chantent dans un univers organique en trois dimensions. Un chef d'orchestre les dirige à l'aide d'une étrange baguette. Munie d'un capteur magnétique, celle-ci permet de modifier les expressions des différents visages, d'en moduler les voix et de déclencher ou geler les animations de fond en 3D. Mi-électronique, mi-humain, leur chant, initié à partir d'une phrase anodine prononcée dans un microphone par un spectateur, pétrifie. Cette phrase est d'abord répétée par un ou plusieurs " visages ", puis un programme spécifique l'analyse en temps réel et en extraie une suite de voyelles sonores qui s'épanouissent en un véritable chant. La voix de soprano d'une chanteuse bien réelle s'élève pour accompagner la complainte mystique de ce choeur composé de machines. Les danseuses de synthèse, frêles créatures cristallines drapées de voiles qu'on dirait en mousseline, virevoltent gracieusement. Les mouvements sont fluides, à peine saccadés. Dans cette atmosphère fantasmagorique, Pygmalion chante son amour fou à la créature virtuelle qu'il a lui-même créée, l'envoûtante Galathée. A l'ère de la virtualité, le mythe de ce Roi de Chypre dont la passion pour la statue d'ivoire qu'il avait sculptée toucha tant la déesse Aphrodite qu'elle décida de lui donner vie, tombe à point nommé. L'équipe de recherche sur l'Image Numérique et la Réalité Virtuelle (INREV) du département Arts et Technologie de l'Image (ATI, rattaché à l'université Paris-8) l'a donc naturellement choisi pour constituer la trame de son Opéra Interactif " Que cela vous chante.. ". Monique Nahas, physicienne de formation et créatrice des " visages " de l'Opéra avec Hervé Huitruic explique que " le mythe de Pygmalion permet d'engager une réflexion, sans prétention philosophique mais néanmoins critique, sur le désir, rendu quasiment possible grâce aux technologies actuelles, de créer des êtres virtuels à l'image de l'homme" .
Le projet est actuellement en cours d'élaboration et les premières représentations devraient normalement avoir lieu à La Cité des Sciences et de l'Industrie en septembre 2002. Dans l'esprit d'Alain Bonardi, ingénieur, musicien et maître de conférence au département ATI, l'envie de composer un tel opéra est ancienne. Il avait en effet consacré sa thèse de doctorat à l'émergence de nouvelles formes d'opéra faisant appel à des processus d'interactivité soit sur scène soit de manière plus radicale sur micro-ordinateur, par CD-Rom et via Internet. En août 2001, il a ainsi réalisé une scénographie sur écran de l'opéra romantique Norma de Bellini dans le cadre d'une production de jeunes chanteurs de l'opéra de Paris donnée à l'Ile d'Yeu. Il a également développé un opéra sur CD-Rom intitulé Virtualis. Dans " Que cela vous chante ", l'action et le chant se nourriront des interférences entre ordinateurs, personnages de synthèse, chanteurs, chef d'orchestre et public. " Sur la base d'une trame musicale composée par Nathalie Dazin et moi-même, c'est le public qui, grâce à ses interventions, initiera l'Opéra dans la direction de son choix ", résume Alain Bonardi. Les décors virtuels sont par exemple paramétrés en fonction de la nature de la voix - chaude, enrouée, sombre, hachée - du " spectateur-acteur " dictant la phrase qui sera ensuite reprise et chantée pas les visages de synthèse. Les membres du public pourront aussi revêtir une ceinture de capteurs de mouvement qui communique avec les danseuses de synthèse. " Les danseuses virtuelles ont une double interaction : avec ces ceintures et leurs capteurs de mouvement mais aussi avec la musique. Elles peuvent utiliser divers paramètres sonores comme l'amplitude, la vitesse, les fréquences et bénéficient ainsi d'une forme d'autonomie par rapport aux spectateurs-danseurs ", précise Alain Bonardi. Entre réel et virtuel, il s'agit d'établir des interfaces à partir de systèmes qui vont donc bien au delà de la simple boucle d'action-réaction immédiate, mais intègrent des mécanismes complexes d'apprentissage et de reconnaissance. Ceux-ci sont issus d'une recherche récente menée par Michel Bret et Marie-Hélène Tramus, également impliqués dans le projet, qui montre comment les réseaux neuronaux pouvaient enrichir l'interaction d'un être humain " utilisateur " avec une danseuse synthétique. Interactif : pour une fois, l'adjectif n'aura pas été volé ! Alain Bonardi et sa chanteuse Jocelyne Kiss rappellent néanmoins combien cette forme moderne d'opéra s'inscrit dans la tradition de l'opéra baroque : " En insérant des ordinateurs et des créatures virtuelles sur scène, on renoue avec le vieux rêve des machinistes d'opéra des 17ème et 18ème siècle. Le deus ex machina était un idéal esthétique et les opéras de Haendel, de Monteverdi ou de Lully sont alors truffés d'automates " . L'opéra interactif est donc bien à la fois une " machine du virtuelle " conçue en croisant un certain nombre de sujets de recherche (sur l'articulation d'un visage de synthèse en situation de chant, la synthèse de chant sur des voyelles, la relation du chant au mouvement...) et un hymne à la capacité de régénération de l'opéra en tant que genre musical quadri-centenaire, dont la mort aura pourtant été mille fois programmée par ses détracteurs. Yvonne Debeaumarché |
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